Le projet
Ces vibrations qui nous traversent
« Il y a des choses dont j’ai besoin, mais je dois plonger profondément pour les trouver. Il y a des choses que je dois donner, mais que je donnerai que quand il sera temps. Il y a des choses que j’ai à te dire, mais d’abord je dois m’inventer une langue pour les dire, et un endroit où vivre qui ne me dérobe pas à mon destin. »
Alexis Pauline Gumbs, Non-noyées, 2025
Le langage façonne la manière dont nous nous définissons, nous-mêmes comme ce qui nous entoure. Il nous permet de raconter nos expériences, de transmettre des savoirs et de faire communauté. Toutefois, cet outil à double face peut œuvrer à nos multiples émancipations autant qu’à l’élaboration de cadres restreignants contre lesquels nos corps se heurtent.
Si notre langage s’appuie sur des structures qui séparent parfois plus qu’elles ne rassemblent, que faire lorsque notre langage sert à dominer, à catégoriser et à effacer ? Lorsque nos mots réduisent le territoire et ses habitant·e·s à des ressources à exploiter plutôt qu’à des êtres avec lesquels entrer en relation ? Lorsqu’ils imposent une temporalité linéaire où la valeur des corps se mesure à leur productivité ? Le langage façonne notre vision du monde, notre rapport à lui, et celui-ci rend aujourd’hui possible la dépossession et la destruction.
Dans ce projet polyphonique ella dawn mcgeough, naakita f.k., Beau Gomez, Mélanie O’Bomsawin, Camille Richard et Florencia Sosa Rey se reconnectent à ce qui vibre, échappe aux mots et ne se ressent qu’avec le corps. À travers leurs pratiques, le groupe opte pour la porosité, se met à l’écoute de leur environnement et noue des relations avec différents écosystèmes naturels. De ces liens réciproques naissent le partage, le soutien et l’apprentissage de langages traversés par l’affect.
Iels rendent visibles le pouvoir émancipateur de la vulnérabilité, comprise comme une posture d’ouverture à d’autres manières de devenir ensemble. Leur travail nous rappellent que ce que nous croyons intime est souvent politique. Iels reconnaissent que ces vibrations qui nous traversent peuvent nous guider vers de nouvelles formes d’existence qui nous dépassent, au-delà des mots, au-delà de nous-mêmes et au cœur de mouvements communs.
Ce projet fait aussi l’objet d’une collaboration inédite avec le Cinéma Beaumont, dans laquelle six films, choisis par les artistes, seront diffusés afin d’établir un dialogue en relation avec leur travail.

À propos de l'artiste
Exposition collective
Camille Richard – Commissaire
Camille Richard est auteure et chercheure indépendante, vivant et travaillant le long du fleuve Saint-Laurent, entre Tiohtià:ke/Montréal et le Wolastokuk/Saint-Roch-des-Aulnaies. Ses recherches portent sur des pratiques artistiques, curatoriales ou institutionnelles conceptuelles et contextuelles qui redéfinissent les paramètres d’exposition puis développent des méthodologies alternatives de production ainsi que de transmission de savoirs.
Détentrice d’une maîtrise en histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal, sa pratique curatoriale se matérialise sous diverses formes, telles que des expositions, des publications et des ateliers réflexifs. Elle a eu l’opportunité de d’approfondir ses recherches dans le cadre de résidences à La Chambre Blanche (2021), à DARE-DARE (2023) et à Fogo Island Arts (2025).
Depuis 2021, elle consacre une grande partie de son énergie à la direction générale et artistique d’Est-Nord-Est, où elle réfléchit aux manières de rendre les structures institutionnelles plus aimantes et inclusives.
Beau Gomez
Beau Gomez est un artiste visuel dont la pratique explore les récits interculturels ainsi que les frontières mouvantes qui définissent les notions de communauté et d’altérité. Travaillant à partir de la photographie, de la vidéo et de matériaux d’archives, il envisage la création d’images à la fois comme un outil d’enquête et de médiation, réorientant les cadres de pensée socialement construits afin d’ouvrir de nouvelles voies de relation avec les contre-récits et les formes de savoir héritées.
Son travail a été présenté au Canada et à l’international, notamment au Whitney Museum of American Art, au Centre de la photographie Genève, au Princeton University Art Museum, au Lenbachhaus Museum, au Festival international du film de Toronto (TIFF), à Gallery 44 Centre for Contemporary Photography et à l’Institut d’art contemporain de Montréal. Il est le fondateur de Fixer, un rassemblement qui réinvente la critique comme un espace intime et non-hiérarchique de dialogue entre artistes et travailleur·euse·s culturels, issu·es de parcours et de contextes variés, à différentes étapes de leur pratique.
Ella Dawn McGeough
Ella Dawn McGeough (née à White Rock, au Canada, sur les territoires non cédés des peuples salish de la côte) explore les zones de friction où se rencontrent l’affection et l’infection, l’influence et l’héritage, l’obligation et l’engagement, la rencontre et l’enchevêtrement, le rêve et l’éveil, l’intérieur et l’extérieur, le toi et le moi, le nous et le collectif. Iel a obtenu un baccalauréat en beaux-arts (BFA) de l’Université de la Colombie-Britannique en 2007, puis une maîtrise en beaux-arts (MFA) de l’Université de Guelph en 2013. En 2023, iel a complété un doctorat en arts visuels à l’Université York. Ses textes ont été publiés dans de nombreuses revues, dont Esse, C Magazine, Public Journal, Momus et BlackFlash, entre autres, et son travail a été exposé au Canada, aux États-Unis, en Chine, aux Philippines et en Europe. Aux côtés de Liza Eurich et Colin Miner, iel codirige le projet de publication d’artistes Moire.ca. Iel est également responsable du secteur de la sculpture à l’Université de la Saskatchewan (Traité no 6, territoire ancestral de la Nation métisse).
Melanie O’Bomsawin
D’abord mère, puis fille et petite-fille, Mélanie O’Bomsawin est aussi monteure vidéo et artiste en nouveaux médias. Née d’un parent abénaki et d’un autre québécois, elle travaille la vidéo sous toutes ses formes pour explorer ses liens avec celles et ceux qui étaient là avant elle et celles et ceux qui suivront. Dans sa pratique, elle s’intéresse aux questions d’identités, de langue, de traditions, de mémoire et de transmission. Les projections scéniques et architecturales, les installations en galerie et la médiation culturelle sont quelques-uns des outils qu’elle utilise pour explorer ces thématiques. Elle crée pour les générations passées et celles à venir. Mélanie est membre de la communauté abénakise d’Odanak et habite présentement à Tiohtià:ke / Mooniyaang / Montréal.
naakita f.k.
naakita f.k. est un·e artiste interdisciplinaire établi·e entre Zhegagoynak/Chicago et Tio’Tia:Ke/Mooniyang/Montréal. Par une approche ancrée dans le territoire et des interventions in situ, iel s’intéresse à l’extractivisme, tant dans l’exploitation des ressources que dans les idéologies extractives qui émergent à la suite des violences faites aux territoires. Son travail a été présenté sous forme de projections, de performances et d’installations à l’international, notamment au MoMA PS1 (New York, É.-U., 2012), à Trinity Square Video (Toronto, ON, 2016), à Mémoire de l’Avenir (Paris, France, 2019), à Videofenster (Cologne, Allemagne, 2021), à la Fonderie Darling (Montréal, QC, 2022), au Images Festival (Toronto, ON, 2023), à la Biennale CAFKA (Kitchener, ON, 2025), à la Biennale de Québec (Baie-Saint-Paul, QC, 2026) ainsi qu’au Block Museum (Evanston, IL, 2026).
Iel a reçu des bourses et distinctions de Trinity Square Video (2016), SAW Video (2017), du Musée du Montréal juif (2020), du Conseil des arts du Canada (2020, 2021, 2022, 2023, 2024 et 2025), du Conseil des arts et lettres du Québec (2022), de LOJIQ (2024) ainsi que de la Northwestern University (2025). Depuis 2021, iel a effectué des résidences aux Jardins de Métis, chez Ada X, à la Fonderie Darling, au Klondike Institute of Art and Culture ainsi qu’au China America Reel Ecology Program. En 2016, naakita f.k. a obtenu un baccalauréat en beaux-arts (BFA) en arts intermédiatiques de l’Université Concordia (Montréal, QC), puis, en 2026, une maîtrise en beaux-arts (MFA) de la Northwestern University (Evanston, IL).
Florencia Sosa Rey
Florencia Sosa Rey œuvre en arts visuels et se base à Tiohtià:ke/ Mooniyang/ Montréal. Sa pratique multidisciplinaire, ancrée dans une sensibilité corporelle, se déploie principalement à travers le dessin abstrait, l’art performance et la vidéo pour articuler des questions sur l’histoire socioculturelle que porte le corps.
En 2022, Florencia présente FatherDaughter, une performance en espace public, soutenue par la Fondation Phi. L’année suivante, l’artiste signe sa première exposition solo, In Search of Breathful Intimacies, à Plein sud, centre en art actuel de Longueuil. Son travail a fait partie des expositions collectives Arthlétisme, Artexte, commissariée par Didier Morelli, puis Fils flux figment, au Livart x ARTCH. Sa performance de trois heures, Comment rester, 2024 a été présentée à la Fonderie Darling. Son premier court-métrage est diffusé en 2025 dans l’exposition Ces vibrations qui nous traversent, à DRAC, Drummondville. Sa seconde exposition individuelle, On Horizon and (Un)Belonging, 2025, a pris place à la Galerie Foreman de l’Université Bishop.
Florencia a participé à plusieurs résidences d’artistes au Québec et à l’international, notamment à Est-Nord-Est. Son travail a été présenté au Canada, en Islande et en Argentine. Sosa Rey est récipiendaire de bourses du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts et des Lettres du Québec, de ARTCH et de LOJIQ.