Le projet
Lignes fantômes
Lignes fantômes réunit les œuvres de Maude Arsenault, Sarah Boutin, andes a. beaulé, Izabelle Desroches et Alex V. Pouliot, dont les pratiques interrogent les liens entre récit, mémoire et matérialité. À travers la photographie, le textile, la vidéo, le dessin et la sculpture, l’écriture déborde ici le langage : elle se tisse, se renverse, se déplace dans les gestes et les corps, se dépose sur des surfaces ou se transforme en image. L’autrice et chercheuse Janick Burn accompagnera le projet par un travail d’écriture nourri par les œuvres et les récits qu’elles font émerger.
Entre mémoire intime, fiction et trace documentaire, les œuvres donnent forme à ce qui demeure. Des morceaux de tissus assemblés comme les fragments d’une mémoire, un corps qui se raconte dans le silence, des oiseaux sculptés mis en mouvement, des rêves imprimés à rebours : les récits se construisent ici par déplacement, par effacement et par apparition. Ils surgissent dans les choses autant que dans les mots, laissant affleurer des présences parfois fragiles, parfois fantomatiques.
Raconter ne signifie donc pas nécessairement écrire. Un livre peut éclater en fragments; une lettre peut perdre sa fonction de signe pour devenir forme; un dessin peut reprendre les codes de l’enluminure pour renverser la relation entre le texte et l’image. Dans ces déplacements, le geste devient écriture et la matière devient porteuse de récit.
Dans ces œuvres, les récits circulent du soi vers l’autre. Une expérience intime peut prendre la forme d’un objet, d’une image ou d’un geste et rejoindre alors des histoires plus vastes. Les récits y sont fragmentaires, non parce qu’ils seraient incomplets, mais parce qu’ils se construisent par morceaux, dans les écarts et les déplacements. Chaque œuvre laisse ainsi une part ouverte, où le regard peut s’attarder, associer, se souvenir ou imaginer. L’exposition se tient ainsi dans les marges de l’écriture, là où les récits se déplacent, se fragmentent et trouvent d’autres formes.
Une publication collective pensée et conçue par Janick Burn prolongera cette démarche en réunissant les voix, les images et les écrits des artistes. Imaginée dans sa forme autant que dans son contenu, elle constituera un objet singulier à la fois livre, assemblage et espace de transmission.
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L’exposition s’inscrit dans PRÉSENCES, un projet chapeauté par le Centre SAGAMIE qui réunit huit centres partenaires à travers le Québec autour d’une série d’expositions aux orientations distinctes. Consacré exclusivement aux pratiques d’artistes émergent·es, le projet vise à accroître leur visibilité sur le territoire québécois. Il se prolongera à Alma, où SAGAMIE réunira et présentera les expositions développées par les centres participants.

À propos de l'artiste
Exposition collective
Véronique Hudon – Commissaire
Véronique Hudon est commissaire, autrice et chercheuse en arts actuels. Titulaire d’un doctorat en études et pratiques des arts de l’UQAM, elle a consacré sa thèse, L’exposition à l’épreuve du vivant : pratiques curatoriales et performance, aux transformations de l’exposition par les arts vivants. Directrice générale et artistique de l’Œil de poisson à Québec depuis 2023, elle développe des projets curatoriaux collectifs et interdisciplinaires liés à la performance, aux archives et aux formes documentaires contemporaines. Elle est notamment à l’origine de l’École expérimentale, un projet réunissant artistes, commissaires et chercheur·euse·s autour de pratiques collaboratives et transdisciplinaires, ainsi que du projet de recherche Les archives du futur, consacré aux archives vivantes, aux récits fragmentaires et aux modes de transmission des pratiques éphémères en art contemporain. Ses textes ont été publiés dans plusieurs revues et ouvrages spécialisés, dont Esse, Espace art actuel, Vie des arts, RACAR et Curating Live Arts (Berghahn Books).
Janick Burn
Janick Burn est une artiste, autrice et commissaire originaire de l’Outaouais/Anishinabewaki qui habite Montréal/Tio’tia:ké depuis plusieurs années. Ses recherches pratiques et théoriques portent sur la relation entre le corps et le cadre, qu’elle aborde par une approche réflexive de la performance, de l’image et de l’écriture. Elle explore le hors champ, qu’elle envisage (lorsque choisi) comme un espace de liberté où l’on peut s’émanciper des cadres – de l’image, de la société, de la norme. Ces dernières années, elle s’intéresse à l’édition comme pratique artistique et mode d’exposition alternatif. Elle a organisé l’exposition collective Exposer avec l’autoédition to expose the self– (AdMare; 2022, Arprim; 2023) et a réalisé plusieurs résidences (Dare-Dare, Est-Nord-Est, 2023; la Chambre blanche, 2024; AdMare, 2025; Sagamie, Projet Borgitte, 2026). Elle publie régulièrement des recensions dans Le Sabord et des revues en art actuel.
Maude Arsenault
Maude Arsenault est une artiste multidisciplinaire vivant à Montréal. Elle est titulaire d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et d’un certificat en histoire de l’art de l’Université de Montréal. Sa pratique explore les représentations des corps féminins et leurs espaces. Elle a présenté son travail dans le cadre d’expositions individuelles et collectives à Paris Photo, Kyotographie (Japon), SHOW L.A., à la Galerie Echo 119 (Paris), à la Galerie C (Neuchâtel), au Musée d’art contemporain (Baie St-Paul) ainsi qu’à Occurrence (Montréal). Elle a également participé à plusieurs résidences d’artiste, notamment au Banff Centre (Canada), aux Récollets (Paris), chez Diaphane (France), à l’Atelier Benrido de Kyoto (Japon), ainsi qu’à la NARS Foundation et EFA Project Space, à New York.
Maude est l’autrice de deux livres photographiques primés, Entangled (2020/2023) et Resurfacing (2023), publiés par Deadbeatclub (Los Angeles). Lauréate du Hariban Grand Prize (Japon, 2020), elle a reçu la Bourse Yvonne L. Bombardier (2021) ainsi que la Bourse Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain (2023). En 2024, elle figurait parmi les artistes sélectionnées pour le Leica Oskar Barnack Award. Son travail a également été soutenu à plusieurs reprises par le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts du Canada.
andes a. beaulé
andes a. beaulé est artiste visuelle, auteur, ami·e, chercheur, amoureuxse, enseignante et passionné·e du vivant habitant à Tiohtià:ke (Montréal, QC). Iel a complété·e une maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’Université du Québec à Montréal (2023) autour de l’abstraction queer et l’autothéorie comme méthode de contestation des normes. Sa pratique artistique a pris essor via différentes résidences au Québec, grâce à différentes bourses des Conseils des arts et son excellence est reconnue par le milieu de l’art contemporain, notamment par le Prix Polygone (2025).
Alex V. Pouliot
Poète, enchanteur, imprimeur et faiseur de livres, Alex V. Pouliot (N. 1992. Québec) cherche à réhabiliter la magie de l’art, étudiant les pouvoirs à l’œuvre dans l’apparence des choses et dans la quête par lequel se forge un individu. Souvent créé en relation à des contextes ou des lieux spécifiques, son travail a été présenté localement et ailleurs.
Sarah Boutin
Sarah Boutin est une autrice, artiste visuelle et chercheuse québécoise. Elle détient une maîtrise en arts visuels et médiatiques avec une codirection en création littéraire de l’UQAM et poursuit actuellement un certificat en psychologie dans la même institution, dans le souci d’approfondir les questions de soin qui traversent sa pratique.
Sa démarche hybride, à la croisée de la performance, de la photographie et de la poésie, s’intéresse aux récits fantomatiques qui peuplent les corps et aux liens que nous entretenons avec les êtres humains et non humains qui nous entourent. Elle qualifie cette approche de « prière », portée par une attention sensible à ce qui échappe au langage et à la perception.
Son recueil Une forme d’amour est paru chez Poètes de brousse en 2026 et son journal de création Prendre fin chez Pièce jointe en 2021. Son travail visuel a notamment été présenté au Yeast Photo Festival (Italie), aux Rencontres de la photographie en Gaspésie, à la Maison de la littérature de Québec et à la Place des Arts. Elle a également reçu plusieurs distinctions en poésie, dont une mention du jury au prix Geneviève Amyot en 2024 et 2025.
Izabelle Desroches
Izabelle Desroches est une artiste visuelle, médiatrice culturelle et commissaire qui vit et travaille dans la ville de Québec. Dans son travail, elle explore les liens entre le corps, le territoire et la mémoire dans une approche relationnelle. Elle s’intéresse aux images comme façon de générer des récits et au(x) territoire(s) dans une approche sensible et écologique. Elle intègre à sa pratique des procédés de teinture et de développement photographique à base de chimie naturelle, en lien avec les matières et les ressources disponibles dans les environnements où elle travaille. Le voyage est au cœur de sa démarche artistique, à la fois comme manière d’expérimenter de nouveaux espaces et comme moteur de rencontres et de récits. Chacun de ses projets se construit dans une relation directe avec les lieux, les personnes et les souvenirs qui les traversent. Son travail a été présenté au Québec, en Islande, en Belgique et au Chili.