Petite Galerie

François Lemieux
Tout inclus, cette trame, un atoll qui est aussi un vestige de la dévoration

Type de projet

Exposition

Date

5 mars 25 avril 2027

Vernissage

5 mars, 17 h

Site web

Le projet

Tout inclus, cette trame, un atoll qui est aussi un vestige de la dévoration

Tout inclus, cette trame, un atoll qui est aussi un vestige de la dévoration.

 

Dévoration du souvenir d’un futur        sur la plage de la vallée métaphysique,        devenue archipel verdoyant. Tu aperçois au loin de la mélamine étincelante, cette cosmo-vision.                Le sable de la rive du multiple chauffe tes pieds, qui foulent bientôt le quai de l’ambiguïté — celui qui mène parfois à la buvette de la ruine, parfois au cabaret-spectacle Frantz Fanon, parfois autre part : au cabanon de la réparation écodélique ou à la somathèque de la dévoration boréale-coloniale.       

         

Tu suis le jaguar en toi-même.                Le camping de la sécession miraculeuse te traverse et, derrière sa végétation abondante, tu te souviens d’une halte-bouffe en territoires enfin cédés, à un jet de pierre du kiosque-dépanneur du faux-pas.        Ton devenir-sorcière s’improvise : tu sais comment continuer à inventer ces indispensables chemins de traverse           et remercier ton lieu.        

        

Mais ton mille-feuille de rêves, cette aisance qui se dessine dans la rosée, son parfum, ta démarche dans la poussière, le sentier diffracté en mille mangroves, battues par les intempéries ;        ta forêt, votre ambiance,          

 

      ce climat de feu — certain·e·s les voient d’un mauvais œil …  

              

Daucun te disait hier encore combien ta forêt et sa lisière, combien ce rivage, au bar du désœuvrement impérial et de ses autres repères, font concurrence au drive-in, au speak-white-easy d’un autre temps. Celui de l’hégémon à gaz avec drapeau, derrière le barrage qui inonde ce qui sauve.     Sous la plage, les pavés.  

 

Respire, Daucun. Respire.

 

              Faute de mouvements, en réponse aux imaginaires incarnés comme des ongles, d’autres ami·e·s disaient : « du possible, sinon j’étouffe ! »        Mais comment veux-tu faire pour demain, ici-maintenant, sans pelle ni snorkel,        de ce côté-ci ? Où s’alimenter ? Que/qui dévorer ? Comment métaboliser le désordre ? Comment dé-massacrer la terre ? 

 

        Dans le climat de crispation — une musculation de l’appétit des maîtres — il arrive qu’on méprenne l’archipel de sable fin de tes plages pour un or fou qui, soudain,         devient cap, devient bouclier, devient citadelle retournée d’un coup,          comme un gant minéral — ici tropipatriarcal.       Tu y construis alors une banquette        pour admirer le domaine que le projet renverse à nouveau, cette trame. Tu replies la mélamine à d’autres fins, en forme de centrifugeuse propice à la conspiration.

                Daucun, tu sais comme nous que ce quai est le point d’aboutissement de l’ensemble de connexions intuitives que tu suis à la trace : ton retour dans l’atoll.         Tu te laisse appâter, envoûté·e par cette jolie géontologie : une île de la lagune, passée la vallée du malaise dans la décolonisation, passée l’étranger.                Pour les gens du coin, c’est un refuge,    

   

      un lieu où l’on peut se laisser dévorer par un soleil difficile. 

 

Il y a une centaine d’années,        l’île fut mise en vente. Craignant qu’elle ne devienne un énième complexe pour les gouverneurs hôtelier, les habitant·e·s formèrent une sorte de bloco, une sorte de coopérative en procession qui, contre toute attente, réussit à faire fuir les brigands,        ou à les manger — c’est-à-dire à les persuader de faire comme l’herbe,        cette trame;     tou.te.s inclus.es.

À propos de l'artiste

François Lemieux

Lapproche artistique de François Lemieux est postdisciplinaire et allie recherche, pratiques de l’image et de l’objet sous la forme d’expositions, de publications et de situations collectives — autant d’invitations à décentrer le regard, à éprouver autrement le langage, le corps, l’espace et le pouvoir.

 

Parmi ses projets récents : rushes (2025), Museum der Moderne, Salzbourg ; Organ of Cause and Effect (2022-2024), Künstlerhaus Bethanien, Berlin / SP2, Berlin / bb15, Linz ; Imaginaire radical : désœuvrer la valeur / Derivative Value, commissarié avec Erik Bordeleau, Marilou Lemmens et Bernard Schutze, VOX — Centre de l’image contemporaine, Montréal (2022) ; Aller à, faire avec, passer pareil — Going to, Making do, Passing Just the Same, avec Edith Brunette, Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal (2020-2021) / Biennale nationale de sculpture contemporaine, Trois-Rivières (2022) / Espace Mach, Université de Sherbrooke (2022) ; Variations autour d’un patio, commissariat de Pavel Pavlov, Le Patio, Aylmer (2021) ; Primary Attempts and Related Materials, Tenjinyama Art Studio, Sapporo (2019) ; un soleil difficile (2017), VOX — Centre de l’image contemporaine, Montréal. Publications : Aller à, faire avec, passer pareil, co-édité avec Edith Brunette, Galerie Leonard & Bina Ellen, Montréal (2020) et, depuis 2011, Le Merle — Cahiers sur les mots et les gestes — en ligne : lemerle.xyz. Le dernier numéro en date, paru en 2025, s’intitule Horizons croisés : Montréal-Beyrouth, édité avec Mirna Abiad-Boyadjian.

 

Il poursuit actuellement un doctorat en recherche-création à l’Open Arts Institute de l’Université Mozarteum de Salzbourg, en Autriche. Il vit et travaille à Tiohtià:ke/Montréal, et enseigne ponctuellement à l’Université du Québec en Outaouais.

Crédit : François Lemieux