Grande galerie

Jacinthe Loranger
Qu’ils mangent de la brioche

Type de projet

Exposition

Date

11 septembre 17 octobre 2026

Vernissage

11 septembre, 17 h

Crédit : Jacinthe Loranger

Le projet

Qu’ils mangent de la brioche

Les images ne se contentent pas de représenter le monde. Elles fabriquent des récits, construisent des peurs, désignent des ennemis et promettent des révélations. Bien avant l’apparition des réseaux sociaux, elles alimentaient déjà les rumeurs, la propagande et les croyances collectives. Les gravures du sabbat des sorcières, les pamphlets diffamatoires contre Marie-Antoinette ou les représentations de monstres et de miracles participaient d’une même économie de l’image : celle qui transforme l’imaginaire en certitude.

 

Cette exposition explore cette histoire longue de la fabrication des croyances. En faisant dialoguer des iconographies anciennes avec des images générées par intelligence artificielle, elle révèle les continuités qui unissent les dispositifs de persuasion d’hier et d’aujourd’hui. Les figures du passé ressurgissent dans des environnements numériques, tandis que les esthétiques contemporaines du bien-être, du développement personnel ou des réseaux sociaux prennent des allures de nouvelles mythologies.

 

Au fil du parcours, les temporalités se brouillent. Les enluminures médiévales côtoient les visions hallucinées de Goya, les pamphlets révolutionnaires rencontrent les images lisses de l’industrie du self-care, les reliques deviennent des captures d’écran et les algorithmes produisent des apparitions qui rappellent autant les icônes religieuses que les publicités. Les siècles semblent se replier les uns sur les autres jusqu’à rendre impossible toute chronologie stable.

 

Les œuvres prennent la forme de dessins, de sculptures et de vidéos qui composent un paysage traversé par l’humour, le grotesque et une inquiétante étrangeté. Les sculptures évoquent des objets exhumés d’un passé improbable, comme si notre époque n’était déjà plus qu’une couche archéologique. Les dessins rassemblent des fragments d’images provenant de traditions visuelles éloignées, où symboles sataniques, propagande politique et culture numérique fusionnent dans un même espace. La vidéo assemble des archives trouvées en ligne, des séquences générées par intelligence artificielle et des références au cinéma russe des années 1970 pour construire un récit oscillant entre fascination et malaise.

 

L’intelligence artificielle occupe une place centrale dans cette recherche, non pas pour sa capacité à reproduire fidèlement le réel, mais pour ses imperfections. Les erreurs anatomiques, les glissements de perspective et les incohérences visuelles deviennent les signes d’un monde où les images semblent perdre leur ancrage. En exploitant ces défaillances, les œuvres donnent une forme plastique à un phénomène propre à notre époque : celui d’une réalité de plus en plus difficile à distinguer de ses simulations.

 

Sans adopter une posture moralisatrice, l’exposition aborde ces questions avec humour. Le grotesque agit comme un révélateur. Il met en lumière l’absurdité des récits, mais aussi leur pouvoir de séduction. Car les croyances ne se transmettent pas uniquement par les idées; elles circulent aussi par les images, les symboles, les émotions et les fictions que nous fabriquons collectivement.

 

Entre les sorcières d’hier et les algorithmes d’aujourd’hui, quelque chose persiste : le désir de donner une forme visible à ce qui échappe à notre compréhension. C’est dans cet espace, où le doute nourrit autant l’imaginaire que la certitude, que cette exposition prend forme. Le titre de l’exposition est une citation de Jean-Jacques Rousseau faussement attribuée à Marie-Antoinette. 

À propos de l'artiste

Jacinthe Loranger

Artiste en arts visuels, Jacinthe Loranger développe une pratique multidisciplinaire qui combine le dessin, la céramique, la vidéo et l’intelligence artificielle. Sa recherche porte sur la fabrication des croyances, les cultures conspirationnistes et la circulation des images, en mettant en dialogue iconographies historiques et culture numérique contemporaine. À travers l’humour, le grotesque et l’inquiétante étrangeté, elle interroge les mécanismes de désinformation, les nouvelles mythologies numériques et notre rapport à la vérité.

 

Son travail a été présenté dans plusieurs centres d’artistes et lieux d’exposition, notamment lors de l’exposition Conspiritualité, pastel Q et autres cabales présentée au centre Circa à Montréal en 2024, ainsi qu’au centre culturel Stewart Hall et à la galerie Simon Blais à Montréal en 2026. Elle a également réalisé des résidences de création, dont le château de la Napoule en France en 2025. En parallèle de sa pratique artistique, elle enseigne les arts visuels au collégial et à l’université. Elle vit et travaille à Montréal.

Crédit : Annie-France Noel